Il y a toutes ces filles, trop belles pour paraître réelles. Et tous ces hommes, trop égocentriques pour prendre le risque de s'intéresser à quelqu'un. Il y l'amour et puis la distance. Parfois il y a des belles fusions, des choses qui réussissent, vraiment, plus d'un soir, plus d'un soupir dans une salle de bain. Il y a toutes ces filles charmantes et ces hommes timides, les garces et les coincés, les prudes et les dragueurs, les filles à l'aise et les menteurs. Les regards échangés et les sourires partagés. Y'a la complicité balancée par les fenêtres, du désir à en revendre, les silences éloquents et la chaleur au creux des clavicules. Et puis y'a l'amour et la distance. Tous ces silences qui deviennent pesants alors qu'on hurle intérieurement. Les vies qui continuent pour le meilleur et puis surtout pour le pire. Les jeans déchirés qu'on recous à l'amertume. Les écorchures qu'on soigne au je-m'en-foutisme. On s'en moque de ça. De la perfection gaspillée, des trains manqués. On s'en moque. Y'a pire. Les guerres, les séismes, la réussite et le pognon. Les mannequins, figées sur le papier glacé et les photographes qui les baisent entre deux projecteurs, ah ça ouais, ça c'est intéressant. C'est bandant même. Mais l'amour et la distance, ça en s'en tape royalement. Les filles brisées, les hommes abandonnés, ça ne passionne personne. Le malheur des quidams, c'est pas ça qui fait vendre. Les quidams, faut les écraser sur le bitume pour faire baver les gens. Faut les broyer dans le sang et la douleur pour faire vibrer la foule. Les amours gâchés, c'est bon pour le feuilleton du dimanche après-midi. On s'en moque des filles blafardes, au pied du mur, des hommes qui baisent sans fin, juste pour oublier un visage, des orgasmes simulés, à répétition, pour arrêter d'hurler un prénom, de toutes ces choses. Y'a ce qui réussit, le beau, le vrai, le partagé. Et puis tout ce qui stoppe avant même d'avoir commencé.
Oui, il y a l'amour et la distance.